PLUTON, QUI SUIS-JE ?

Une fois n’est pas coutume commençons par rapporter comment notre 9ème planète a perdu son titre de planète ! Les doctes astronomes du monde entier réunis en séance solennelle se concertent : les objets célestes découverts par les nouveaux moyens d’investigation scientifique et qui tournent autour du Soleil abondent de plus en plus et comment diable savoir qui est qui ! Aussi il est devenu urgent de faire un tri sélectif, on en vient à parler de nos « vagabondes » et de nos  «errantes », c’est-à-dire de nos planètes, terme venant du grec.

Les résolutions N° 5 et 6 de l’Union astronomique Internationale distinguent clairement entre les planètes et les planètes naines et c’est en 2006 que Pluton se voit désormais classée dans la deuxième catégorie : c’est qu’elle est bien petite, 2200kms de diamètre, c’est-à-dire, 0,17 fois celui de la Terre. Il existe une 3ème catégorie d’objets célestes qui seront définis comme les petits corps du système solaire. Rassurons-nous Pluton demeure dans le système solaire et devient même le prototype de sa nouvelle catégorie.

LA DÉCOUVERTE DE PLUTON

On se souvient que les astronomes, le français Le Verrier et l’anglais Adams, avaient soupçonné l’existence de Neptune par les perturbations de l’orbite d’Uranus. D’autres perturbations demeuraient toutefois inexpliquées, et donc, au début du XXème siècle, Percy Lowell et Walter Pickering, tous deux astronomes américains tant en Arizona qu’en Californie se lancèrent à la chasse de la 9ème planète.

Il revint pourtant à un astronome amateur américain, Clyde Tombaugh, chargé d’étudier des photographies successivement dans les constellations (non les signes) du Verseau, Poissons, du Bélier, Taureau, de saisir l’imperceptible saut d’un objet lumineux entre deux d’entre elles. C’était fait, le 18 février 1930, dans l’après-midi, à 16h30 exactement, à Flagstaff, Arizona celui qui deviendra Pluton était découvert.

Deux choses sont ici à noter, en 1919, Pickering s’appuyant sur des calculs que l’on juge aujourd’hui plus qu’hasardeux, avait prédit à quelque chose près la position exacte de Pluton. Lowel le suivit de près. La possibilité de cette découverte des deux astronomes en rendit, en quelque sorte la découverte possible : les scientifiques ne sont pas toujours ce que l’on croit! Par ailleurs, nous voyons que les recherches et succès de l’astronomie et de l’astrophysique quittent désormais l’Europe, traversent l’Atlantique et passent en Amérique du Nord.

Les voyages spatiaux, l’alunissage et surtout les réussites de milliers d’observations célestes du télescope spatial Hubble en sont des témoignages indiscutables et des symboles essentiels. Mais de plus en plus les observations astronomiques et astrophysiques s’internationalisent : l’humanité part à la conquête de l’espace qu’en sera-t-il à l’arrivée….. ? Les télescopes géants se multiplient, comme ceux du désert d’Atacama au Chili ou bien le Mauna Kéa à Hawaï.

Bientôt le lancement d’un nouveau télescope viendra remplacer Hubble qui n’a pas démérité mais qui arrive à la fin de sa vie d’astronome-machine.

PLUTON ET L’ASTRONOMIE

Pluton a été découvert une fois en 1930 puis en quelque sorte re-découvert : en effet les observations d’une planète aussi lointaines s’avéraient difficiles. C’est en 1978 que l’on découvrit son satellite Charon qui s’avéra faire environ la moitié du volume de sa planète directrice. Le système de vie de ces deux corps céleste fait irrésistiblement penser à celui de deux jumeaux, si bien que l’on se posa la question d’avoir découvert pour la première fois une planète double.

Charon s’avère être le plus gros satellite du système solaire, d’une belle couleur bleue qui révèle une surface d’eau gelée, il contraste avec Pluton qui apparaît plutôt jaunâtre, ce qui trahit le méthane gelé qui recouvre son noyau rocheux. Charon et Pluton ont la même durée de rotation, c’est-à-dire environ 7 jours.

En 2005 Hubble découvre les deux autres satellites de Pluton : Hydra et Nix. Pluton a une orbite très elliptique et peut s’éloigner du Soleil dans une fourchette de 5 milliards à 7 milliards de kilomètres Il lui arrive également de s’introduire dans l’ordonnancement de l’orbite de Neptune lui ravissant de temps à autre son titre de 8ème planète. Sa révolution sidérale atteint 247 années et 362 jours à 249 années et 7 jours et sa température plafonne à -236°. Pluton évolue dans ce que l’on nomme la ceinture de Kuiper, peuplée d’astéroïdes. On y distingue une autre planète naine Éris.

Les trois planètes naines retenues à ce jour sont Cérès installée dans la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter et Pluton et Éris. L’astrologie n’aura bientôt plus que l’embarras du choix pour avoir des symboles planétaires non seulement pour chaque signe mais encore, si elle le souhaite, pour chaque décan du cercle zodiacal. Le 18 janvier 2006 a été lancé de Cap Canaveral, la sonde spatiale : New Horizons, après avoir profité de l’élan gravitationnel de Jupiter, elle approchera du système plutonien en 2015. Elle s’approchera alors à 9600 kilomètres de Pluton/Charon et…. saura nous dire ce qui se passe là –bas, au bord de la nuit éternelle.

LA LÉGENDE DE PLUTON/HADES

Avec Pluton nous sommes aux confins du système solaire et cela me fait irrésistiblement penser aux vers d’Hésiode dans sa Théogonie : D’Abîme naquirent l’Erèbe et la Noire Nuit. Et de nuit à son tour sortirent Éther et Lumière du Jour…. (123-125). D’ailleurs les noms de ses satellites disent bien que nous sommes au bord de ce que les anciens grecs appelaient le Chaos ou l’Abîme : Nix sous sa forme égyptienne pour Nyx, la noire nuit, elle-même, Hydra n’est autre que le serpent à neuf têtes qui gardait le royaume de Pluton avec Cerbère. Enfin Éris n’est autre pour les grecs que la Discorde, ennemie à la fois de l’harmonie et de l’amitié.

Charon, le fils de Nuit , le passeur d’âmes, le nocher qui, sur sa barque, faisaient traverser l’Achéron, fleuve qui séparait le monde des vivants de celui des morts. Pour atteindre les Enfers, ces rivages dont on ne revient plus, les « ombres » rémunéraient le tranquille Charon d’une obole. Hadès, l’Invisible, fils de Rhéa et de Chronos, il partagea avec ses frères Zeus et Poséidon l’univers, héritant de la partie la plus sombre. Surnommé Ploutos, le Riche, il règne non seulement sur le royaume des morts mais aussi sur le sous-sol avec ses minerais, son pétrole et ses pierres précieuses. On peut le voir soit coiffé du casque qui le rend invisible aux yeux des mortels, soit muni de sa corne d’abondance qui indique qu’il partage avec sa sœur Déméter le domaine agricole.

Les latins l’appellent aussi Ploutos ou Pluton mais aussi Dis Pater, le Père des richesses, il prend parfois la physionomie d’Orcus, démon qui représentait la mort chez les Étrusques. Certaines des illustrations de Pluton rappellent irrésistiblement le XV du Tarot, le Diable. Au temps des grecs les Enfers étaient le séjour de tous les morts, de toutes « les âmes », et non point celui des méchants, c’était ce lieu où l’on allait après… et dont Pluton était le gardien de la Porte.

PLUTON ET L’ASTROLOGIE

Une fois découverte, la planète se vit attribuée un numéro, elle était l’objet céleste N°134340, avec sa date de naissance du 18 février 1930, je laisse les numérologues nous éclairer un peu plus sur les qualités et la fonction de Pluton.

Si l’on se réfère à l’astronomie on voit se dessiner les traits d’une planète vivant dans un univers limite peu éclairé, accompagnée de son double, ses mouvements trahissent l’éloignement ou le rapprochement du Soleil comme si elle redoutait d’être en pleine lumière. Tantôt elle s’éloigne à grande vitesse de son centre de gravité, tantôt elle se glisse dans les rotations de Neptune.

Si l’on se réfère à la mythologie, son règne souterrain n’en est pas pour le moins aride et stérile, au contraire il détient les fruits de la Terre minerais et plantes. Il accueille dans des paysages, certes désolés, traversés de fleuves sombres, nos âmes qui, du moins, à l’époque ne risquaient pas d’être dévorées par les flammes.

L’on peut de nouveau se poser la question, qui est Pluton et quel potentiel astrologique peut-il nous révéler ?

Son personnage est complexe, il nous conduit vers des rivages inexplorés, à la fois le riche et le gardien des limites associé à son jumeau le passeur. Je retiendrai ici les deux expressions de sentinelle au bord de la nuit et de maître des passages.

Sa position dans le thème nous permet de savoir en quel lieu exactement les limites et les frontières ne sont pas à franchir, ou plutôt quel territoire il nous invite à bien délimiter : je pense à un Pluton, Cancer, par exemple, où visiblement la question de la famille ou de la nation peut se poser : pensons aux migrants si nombreux de nos jours, pensons aux familles séparées et recomposées, pensons, avec l’Europe à l’ouverture et parfois…à la fermeture des frontières. Si Pluton crée des espaces il nous invite toujours à les bien considérer.

L’image du passeur qui l’accompagne, nous invite au contraire à savoir franchir les frontières, celles de nos habitudes, de nos peurs, de nos inimitiés. Enfin celle des richesses souterraines, à l’évidence, nous crie, qu’en nous, se trouvent de nombreuses ressources fécondes. Dans les événements concrets de la vie Pluton en signe et en maison nous aide à prendre des décisions, à faire face aux désagréments ou à tout simplement entrer en contact avec notre richesse intérieure.

On lui attribue souvent la fonction de renaissance voire de métamorphose et chacun d’entre nous peut alors s’interroger ou consulter son astrologue sur ce rôle de Pluton en signe et en maison.

Sa révolution sidérale atteint presque 250 années, c’est-à-dire le quart de 1000 années, il peut ainsi dans sa position en signe gouverner chaque cycle en particulier donner aux événements historiques leur couleur. Les astrologues lui ont attribué la maîtrise de plusieurs signes comme le Bélier, si il est l’octave supérieur de Mars, ou le Scorpion parce qu’il règne sur les Enfers. Peut-être sa position en signe depuis sa naissance, en 1930, nous a menés de crise financière en crise financière, afin que l’on s’interroge mieux sur la valeur et le rôle de l’argent.

Pluton un agent de la mondialisation pourquoi pas !

Pour nous il n’est pas le maître d’un signe ou d’un autre, même si il existe des affinités, Pluton est comme un maître acteur, il s’empare de la robe d’un signe, car il y reste très longtemps, et ensuite l’oriente vers les valeurs qui sont les siennes. Il donne une sorte de note basse, persistante, notable, dans le concert des planètes qui chantent notre thème natal : quand il est dans un signe, il le gouverne.

Pour l’astrologie mondiale, considérer une période de 250 années peut s’avérer très révélatrice des événements non point qu’il a engendrés mais qu’il a colorés. Vu nos courtes vies nous ne pouvons que voir ses effets à rebours. De sa présence en Cancer en 1930, signe cardinal, qu’en sera-t-il en 2180? Seul un Nostradamus du XXIème siècle saurait y répondre.

Par Dioné paru dans le magazine ASTR’OH ! novembre 2011

http://www.astr-oh-lemagazine.com/

Conseillés pour l’astronomie : le site de Jean-Michel, pour l’astrologie et Pluton, celui de de Sylvie Tribut.

Hésiode, Théogonie et les Travaux et les Jours, Les Belles Lettres, Paris, 1993.